Le 11 juin 2009, à la salle Pleyel, un public averti, et conquis, a pu applaudir la nouvelle création du jeune compositeur Bruno Mantovani. Jusque-là rien d’anormal, l’œuvre était interprétée par un grand orchestre et un système de lutherie électronique, le genre d’expérimentation qui se pratique couramment sous la houlette de l’Ircam – Centre Pompidou.
C’est l’inspiration gastronomique de l’œuvre, mystérieusement intitulée « Le Livre des Illusions », hommage à la création moléculaire du célèbre chef espagnol Ferran Adrià, qui apportait une réelle originalité à l’événement. Bruno Mantovani n’en n’est d’ailleurs pas à sa première tentative du genre puisqu’il a déjà composé « Quelques effervescences », un duo pour alto et violon restituant les sensations provoquées par les vins pétillants ainsi qu’une improvisation pour piano sur les gaufres de la maison Meert à Lille en novembre 2008.
Basé sur un menu dégusté en 2007 par le compositeur, la partition de 30 minutes se voulait la traduction musicale presque littérale des sensations éprouvées par Mantovani lors de son repas à El Bulli. L’art de l’illusion et de déstructuration culinaire était ainsi appliqué dans une monstrueuse synesthésie associant goûts, textures, rythmes et sonorités, les 35 plats imaginés par Adrià donnant désormais lieu à 35 morceaux de musique de format court, calqués sur la dramaturgie culinaire du grand catalan.

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