Voyage en Côtes du Rhône: les Beaumes-de-Venise
Par Caroline Bodin, mercredi 04 novembre 2009 à 16:24 :: Vins et alcools :: rss
Si un jour, vous avez l’occasion de vous arrêter non loin d’Avignon, là où le Mont Ventoux et les dentelles de Montmirail morcellent la ligne d’horizon, où le Mistral s’engouffre dans la Vallée du Rhône en éparpillant le chant des cigales autour des murs d’enceinte de villages aux teintes ocres et aux noms chantants, profitez-en pour découvrir des vins solaires, puissants et chaleureux.
A l’est d’Avignon et d’Orange serpente une route des vins qui permet de découvrir des crus issus de cette terre rugueuse mais généreuse. Les vignes s’étendent à perte de vue et bien vite, vous verrez apparaître des villages minuscules au charme alangui où les fontaines et les bancs sous les platanes, le verre d’anis trouble, le verbe haut, ne sont pas que de simples inventions de peintre ou de poète. Vacqueyras, Gigondas…sont à la fois des villages et des vins. Il en va de même pour Beaumes-de-Venise, qui produit également des vins de qualité.
L’un des secrets de la réussite des Beaumes-de-Venise est le dynamisme de sa cave, récemment rebaptisée Balma Vénitia, une manière comme une autre d’affirmer un héritage latin et un ancrage fort dans une tradition viticole millénaire. Ici, malgré l’importance de la production, l’on vendange encore à la main et l’on respecte le paysage, superbe. Partout, les cultures en terrasses luttent contre la sécheresse et font s’épanouir le Muscat certes, mais aussi les oliviers. Les abricotiers eux, ne fleurissent plus qu’aux abords des jardins.
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Fotolia © Julien Leblay
Tout le monde ou presque connaît désormais le Muscat de Beaumes-de-Venise, AOC depuis 1943, à la belle robe dorée, petit vin doux et fruité que l’on déguste à l’apéritif, quand la chaleur s’est abattue sur les vignes. Mais saviez-vous que l’on fabriquait déjà il y a 2000 ans, un vin doux et sucré à partir de raisin « petits grains » originaire de Grèce, probablement de l’île de Samos, dans les Cyclades. Quel goût avait cet ancêtre du Muscat, difficile de l’imaginer…
Désormais, le Muscat de Beaumes-de-Venise se décline en plusieurs couleurs. Il y a le muscat rosé, appelé Rosé Exclusif, idéal avant le repas ou au dessert avec une soupe de fraises. Son goût est délicat, peut-être plus subtil. Délicatement ambré, il est constitué de 75% de raisin muscat blanc et de 25% de raisin muscat noir. L’idée de produire du muscat rosé n’est d’ailleurs pas anachronique car naturellement certains muscats « ordinaires » peuvent présenter une légère coloration rosée, que l’on dit alors « tachée » ou « œil de perdrix ».

Easyfrenchcook.fr / Raoul Salama © Easyfrenchcook.fr / Marie-Cécile Puissochet
Superbe avec du chocolat, le Muscat Rouge Exclusif est fabriqué à partir de 100% de raisins noirs, selon une méthode qui n’est pas sans rappeler celles de la fabrication du Banyuls ou du Porto. Le Muscat Blanc bois doré quant à lui, est le fruit de vignes anciennes, et vieillit en barriques d’où il tire sa complexité, sa richesse et des arômes généreux de miel et de raisin de Corinthe.
Mais peut-être préférez-vous les vins rouges ? Les vins de Beaumes-de-Venise, blanc au puissant parfum de muscat pour le tout venant et rouge pour la dégustation, sont consommés partout dans la région et méritent largement de dépasser les frontières régionales. Heureusement, les crus de Beaumes-de-Venise ont obtenu l’AOC Côtes du Rhône en 2005. En effet, ces terroirs spécifiques n’ont pas à rougir, bien au contraire de la comparaison avec des Côtes du Rhône moins méridionaux.

Easyfrenchcook.fr © Marie-Cécile Puissochet
La Cuvée 2006 des Farisiens par exemple, est franche, charnue et soyeuse en bouche, et se reconnaît à sa robe sombre. On y découvre des notes de fruits noirs, très mûrs, presque cuits, une belle minéralité et une touche délicate de réglisse. Ce vin massif, gorgé de soleil, Philippe Faure-Brac, Meilleur Sommelier du Monde en 1992 et hôte d’exception de son Bistrot du Sommelier, l’ose avec des Noix de Saint-Jacques et une compotée de potiron aux lardons et aux châtaignes.
Avec le Trias, qui doit son nom directement à un dépôt particulier de sédiments où se mêlent roches tendres et roches dures issu d’une période reculée du Secondaire, Faure-Brac, qui connaît bien Christian Ignace, l’actuel directeur de la cave, associe le Navarin d’agneau, à la fois classique et subtil. Il faut dire que la Cuvée Trias, surtout celle de 2001, à la robe légèrement violacée, peut dégager des notes camphrées et par conséquent une certaine fraîcheur, mais est surtout reconnaissable à sa longueur en bouche, à son caractère soyeux et dans le meilleur des cas à ses notes boisées.

Philippe Faure Brac et Christian Ignace © Easyfrenchcook.fr / Marie-Cécile Puissochet
Une appellation plus complexe qu’elle n’y paraît donc, où il y a beaucoup à découvrir et à déguster. Sans oublier le prétexte à flâneries poétiques le long des vignes, à l’ombre fraîche des canaux où ne se posent que quelques instants les libellules, vives et inquiètes, sombres bijoux accrochés aux tiges des digitales. Là, le terroir s’impose de lui-même, riche et complexe, et pourtant presque primitif. On pourrait y rester quelques jours, dormir chez l’habitant ou chez le vigneron, ou se perdre à jamais dans les garrigues odorantes, rien que pour sentir les bouffées de thym et de menthe froissée…
Pour plus de renseignements :
Caveau Balma Vénitia / Son restaurant le Dolium
Quartier Ravel
84190 Beaumes de Venise
Caveau de dégustation et de vente ouvert toute l’année 7j/7
Fermeture annuelle : 25 décembre et 1er janvier
Hiver : 8h30-12h 14h-18h
Eté : 8h30-12h30 14h-19h
Tel : 04 90 12 41 00
Pour en connaître plus sur les Beaumes-de-Venise ou découvrir l'univers de Philippe Faure-Brac:
Bistrot du Sommelier
97, Bd Haussmann
75008 Paris
www.bistrotdusommelier.com
Tel : 01 42 65 24 85
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