La pomme de terre primeur de Noirmoutier en danger
Par Amandine Bernigaud, mardi 18 août 2009 à 14:45 :: Actus :: rss
La pomme de terre primeur, savoureuse spécialité de Noirmoutier, est en danger : appelée aussi patate nouvelle, elle a subi cette année encore de plein fouet la concurrence de la pomme de terre de conservation. Certains producteurs locaux craignent même qu’elle ne disparaisse…

Sur l’île de Noirmoutier, on retrouve quatre variétés de pommes de terre primeurs : la Sirtema , la Lady Christl', la Charlotte et la Bonnotte. Cette dernière, jadis disparue, a d’ailleurs pu renaître grâce à la Coopérative Agricole de Noirmoutier et l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique).
Récoltées entre la mi-avril et la mi-août, selon les variétés, ces légumes tubercules primeurs prennent généralement le relais des patates de conservation sur les étals des marchés et supermarchés dès le mois de mai. En effet, alors que ces dernières peuvent être stockées plusieurs mois en frigos, la pomme de terre primeur elle, doit être vendue au lendemain de sa récolte et peut être conservée seulement huit jours dans un endroit frais et à l’abri de la lumière. La patate nouvelle doit donc être distribuée et consommée au plus vite au risque de finir directement aux ordures…
C’est cette fragilité qui fait toute la valeur de la pomme de terre de Noirmoutier, mais c’est elle aussi qui dissuade les centrales d’achat, peu enclines à prendre des risques en période de crise. D’autant que cette année, la vente de pomme de terre standard n’a pas été à la hauteur des espérances : les revendeurs ont donc accumulé de nombreux stocks, et la pomme de terre primeur n’a pas pu trouver sa place dans les rayons.
Le prix au détail, enfin, achève de desservir les fameux tubercules auprès de consommateurs au pouvoir d’achat en berne : pour un kilo d’une variété primeur, il vous faudra en effet débourser entre 1,80 et 5 euros, contre 1 euro pour des pommes de terre de conservation. La Bonnotte, qui se vend aux enchères, atteint même quelquefois les 450 euros le kilo !

Pourtant, côté goût, la différence est flagrante : les patates nouvelles sont bien plus sucrées que celles de conservation. La primeur de Noirmoutier notamment, cultivée sous les embruns dans une terre enrichie d’engrais à base d’algues, a un délicieux petit goût de noisette et un parfum iodé qui rappelle l’océan… Avec une pincée de fleur de sel, un tour de moulin de baies roses, ou encore une lichette de beurre salé, en accompagnement d’un poisson ou d’un agneau de pré salé, c’est un pur moment de plaisir, qu’il serait bien dommage de voir disparaître !
Pourtant depuis dix ans, la production de patates nouvelles en France baisse de façon inquiétante - elle a été divisée par 4, passant de 150 000 à 45 000 tonnes – et l’île de Noirmoutier a perdu un peu plus de 40% de ses producteurs : de 70 il y a 15 ans, ils ne sont plus que 40 aujourd’hui. Du côté des exportations, les chiffres étaient déjà décevants au 31 mai dernier avec 21 800 tonnes vendues contre 34 100 à la même période l’année précédente.
Pour remédier à cette concurrence trop importante de la pomme de terre de conservation et tenter de sauver cet incontournable du patrimoine gustatif français, certains producteurs proposent de limiter la période de mise en vente de la variété de conservation ou d’inscrire l’année de récolte des pommes de terre sur le sachet commercialisé pour que le consommateur se rende compte de la fraîcheur ou non du produit.

Ces propositions pourront être débattues dès l’automne prochain lors d’une réunion interprofessionnelle qui permettra aux producteurs de primeurs de défendre leur produit face aux représentants de la distribution et de leurs concurrents.
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