Haro sur le bio ?
Par Caroline Bodin, lundi 03 août 2009 à 16:55 :: Actus :: rss
On en a beaucoup parlé dans la presse ces derniers jours : le bio ne serait pas la panacée que l’on croit. Pourtant, à y regarder de plus près, l’on s’aperçoit que l’enquête incriminée dans ce nouveau débat est loin d’avoir le retentissement escompté. La Food Standards Agency, l’agence alimentaire britannique, à l’origine de cette compilation scientifique de 162 études datées entre le 1er janvier 1958 et le 15 septembre 2008, le souligne elle-même ; il ne s’agissait que d’établir une comparaison entre les avantages nutritionnels apportés par les différents produits alimentaires.

Elisabeth Mercier, directrice de l’Agence Bio, un groupement d’intérêt public en charge du développement et de la promotion de l’agriculture biologique, nous le rappelle ; « beaucoup se trompent de sujet concernant cette étude, d’ailleurs peu l’ont vraiment lue ! ».
Elle nous dit également « avoir la forte impression que l’on oublie que les points soulevés occultent surtout les bénéfices et spécificités de l’agriculture biologique qui sont le respect de la santé de tous, des cycles naturels et de la bioversité ». Pour elle, c’est « la garantie du non emploi d’OGM, la naturalité et l’authenticité qui sont les véritables avantages de l’agriculture biologique », « il ne s’agit pas seulement de protéger le consommateur mais de prendre en compte l’ensemble de la chaîne de production, d’avoir une vision à long terme, aussi bien pour la population que pour les animaux et l’environnement dans sa globalité ».
Qu’entend-t-on d’ailleurs par avantages nutritionnels dans l’étude de la FSA ? Il s’agit par exemple des apports en oligoéléments, en vitamines, en protéines ou en anti-oxydants, le véritable comparatif s’établissant entre les vertus nourrissantes des aliments. Les agents contaminants, possiblement dangereux pour la santé comme les herbicides, les pesticides ou les fongicides qui peuvent laisser des traces dans notre alimentation, ne sont pas plus pris en compte que l’impact environnemental des techniques agricoles employées. Ces données sont indiquées noir sur blanc au début de l’enquête et ne laissent place à aucune ambiguïté.
On se pose alors la question : les producteurs de bio ont-ils réellement basé leur stratégie de communication sur des points précis comme l’apport en vitamines ? A priori, non…Les consommateurs qui plébiscitent en masse l’achat de ces produits, le font-ils parce qu’ils pensent que le fait d’acheter des légumes ou de la viande bio leur apportera plus de bienfaits ou agissent-ils tout simplement par prudence, tentant de lutter ainsi contre la dangerosité, largement démontrée, de la malbouffe et des productions industrielles ayant oublié les consignes de prudence les plus essentielles ? C’est plus probable…
Une seule certitude, en ces temps de crise économique, rassurer le consommateur sur la « qualité » des produits qu’il peut continuer à acheter, c’est à dire à bas prix, voire en hard discount, peut être une stratégie qui s’avère payante. Un paramètre qui ne doit pas supplanter l’enjeu majeur de la santé publique et ne pas devenir un argument de publicité comparative au profit des filières de production désireuses de se débarrasser de leurs adversaires « plus bios » qu’eux.
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