Les viticulteurs français sont les premiers producteurs mondiaux de vin rosé et entendent conserver le bénéfice des méthodes traditionnelles, au contraire des procédés de fabrication industriels employés par les producteurs de l’hémisphère sud, ce qui revenait, selon François Millo, directeur du Syndicat Interprofessionnel des Vins de Provence, « à légaliser la contrefaçon ».

Il faut rappeler qu’il existe en effet deux méthodes principales pour produire du rosé, des techniques spécifiques en vigueur en France et en Italie par exemple, deux pays qui fabriquent du rosé depuis plusieurs centaines d’années. Dans les pays de Loire ou de Bourgogne, c’est souvent le pressurage direct qui permet d’obtenir des rosés pâles et gris alors que les raisins employés sont souvent d’une belle couleur foncée. En effet, c’est la durée du contact entre la peau et le raisin qui compte pour donner la couleur définitive du vin. De même en Provence, les rosés sont souvent dits « de saignée ». Les raisins macèrent entiers pendant moins de 24h et libèrent un jus rosé. Lorsque la couleur atteinte est satisfaisante, on prélève le moût pour le mettre à fermenter.

Ces processus sont si différents d’un simple mélange que l’on est en droit de s’interroger. Le consommateur aurait-il vraiment été incapable de faire la différence ? Avait-on seulement le droit de commercialiser ces rosés d’un genre « bâtard » en les désignant comme vins rosés, et non à l’aide d’un terme qui les aurait différenciés des productions authentiques ?

Dernière question enfin ; bien que Mariann Fischer Boel, la commissaire à l’agriculture européenne, ait annoncé « qu’il n’y aura pas de changement dans les règles de production du vin rosé », ne peut-on pas de demander s’il existe un lien entre cette décision et les élections européennes ou tout simplement le résultat des pressions exercées par les gouvernements français et italiens sur l’exécutif européen. Ne risque t-il pas par conséquent d’y avoir d’autres tentations pour d’autres réformes du genre ?