« Vive la malbouffe ! »
Par Caroline Bodin, vendredi 29 mai 2009 à 15:52 :: Livres :: rss
Voilà ce que proclament haut et fort, et le sourire en coin, Christophe Labbé, Jean-Luc Porquet et Olivia Recasens, dans leur ouvrage récemment paru aux Editions Hoëbeke, mais rassurez-vous, c’est une anti-phrase…
Car l’ironie est le maître mot de cet essai facétieux, réquisitoire minutieux contre une industrie agro-alimentaire prise en flagrant délire, qui compile la plupart des révélations dues aux investigations d’un célèbre journal satirique.
Des révélations, il y en a tant que l’on est pris de vertige et que l’on sort du livre abasourdi, sonné et irrémédiablement soupçonneux vis à vis de son assiette. Heureusement qu’il y a les illustrations colorées et foutraques de Wosniak. Illustrateur et caricaturiste pour Libération, le Canard Enchaîné ou l’Express ; ses veaux, vaches, cochons colorés, pointus et faussement naïfs font un peu passer un peu la pilule, si vous me permettez l’expression.

Mais que nous apprennent-ils au juste sur la malbouffe ?
Pour les fraises espagnoles, on était déjà au courant. Pour les foies gras de qualité plus que médiocres vendus à prix d’or et les brisures de truffes hors de prix trempant dans de l’eau salée, ça va encore. En revanche, à l’évocation des fameux 5 fruits et légumes par jour à consommer d’urgence malgré des taux affolants de pesticides, une petite irritation commence à poindre.
Si je vous dit que la France est le plus gros consommateur au monde de pesticides (77 000 tonnes par an), que certains aliments sont intentionnellement irradiés, surtout les légumes et les fruits frais, normal, cela ralentit leur mûrissement, ça vous étonne ? Allons, allons, il n’y a pas de quoi s’inquiéter, les agrumes sont aspergés sans ménagement de Fénoxycarbe, les tomates de Cléthodime et les pommes d’un fongicide au nom tout aussi poétique. Est-ce que l’on en fait tout un plat ?
Vous trouvez votre bonne vieille boîte de sardines rassurante ? Que nenni ! Il n’y a peut-être même pas de sardines dedans mais de la sardinelle, du sardinop du pérou ou…du hareng ! Et le surimi, de la chair de crabe ? Non, du maquereau bleu, espèce en voie de disparition, dans le meilleur des cas! L’angoisse commence à vous étreindre, rien de plus normal.
Un bon yaourt ou un bonbon gélifié vous redonneront un peu de baume au cœur. Surtout lorsque l’on sait que les premiers, lorsqu’ils sont enrichis de délicieux probiotiques, pourraient augmenter les risques d’obésité (on en gave les cochons et les bœufs pour booster leur croissance), et que les deuxièmes regorgent d’additifs et autres colorants qui participent à l’hyper-activité de certains enfants.
Ainsi s’allonge la liste de ce poison alimentaire que nous consommons tous en toute bonne foi (même le bio ne l’est pas toujours et il arrive souvent que la mayonnaise soit faite à l’huile de moteur…), un constat alarmant auquel les trois journalistes n’apportent pas vraiment de réponse, et ils ont bien raison.
La seule réponse possible est la « résistance » alimentaire, la prise de pouvoir du goût afin de rejeter l’asservissement grandissant du consommateur qui, de surcroît, met réellement sa santé en danger.
Il nous faudra disséquer les étiquettes, devenir intransigeant sur la traçabilité, devenir moins paresseux en consommant le moins d’aliments transformés possible et accepter de donner un peu de notre temps en échange de la qualité de notre alimentation. Pour la plupart d’entre nous, c’est possible et c’est un défi à relever au nom de la santé publique aussi bien que de l’indépendance d’esprit.
Vive la Malbouffe
Aux Editions Hoëbeke
192 pages, 19 €
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