Elle est française et s’appelle Babette (Stéphane Audran, sublime). Les deux sœurs ignorent tout d’elles, sauf qu’elle est recommandée par Achille Papin, le chanteur d’opéra qui voyait en l’une d’elle une diva…

Pendant de longues années, Babette apprendra avec humilité à faire la soupe à la bière, à cuisiner le poisson séché et tous les ingrédients qui font le menu quotidien des humbles. Pourtant un jour, Babette gagne à la loterie.

Contre toute attente, elle ne désire pas rentrer chez elle, plus personne ne l’attend, son mari et son fils ont été tués durant la Commune. Non, ce qu’elle veut le plus au monde, c’est préparer un festin, un somptueux repas pour Martine et Filippa. Interloquées, elles cèdent, mais l’enfer n’est-il pas pavé de bonnes intentions ?

Babette fait venir des petits oiseaux enfermés dans des cages, une énorme tortue dont les yeux semblent pleurer à tout jamais la laideur infernale, d’innombrables caisses inquiétantes, des bouteilles, des assiettes de porcelaine fine, commande à l’étranger les produits nécessaires à ces agapes diaboliques.

Les cœurs simples sont aussi les plus sincères et les deux sœurs effrayées font jurer à leurs compagnons de piété de ne pas dire un mot de cet abominable repas, de ne pas céder aux tentations du malin. Pendant ce temps, Babette s’active en cuisine.

Elle découpe la pâte à l’emporte-pièce, veille sur la sauce ou le bouillon aux teintes de rouille et d’ambre, dispose les cailles, confronte le caviar à la crème fraîche sur de petites crêpes. L’œil du cinéaste a merveilleusement rendu les couleurs et les ors atténués de la peinture flamande, souligne les natures mortes sans jamais s’appesantir, nous révélant sans un mot son secret : Babette est une grande artiste.

Le festin, qui occupe la dernière partie du film, ne se raconte pas. Car qui serait capable de décrire l’émotion des souvenirs et du pardon inspirés par la perfection absolue d’un repas. Cailles en sarcophage, blinis Demidoff, soupe à la tortue, Veuve Cliquot et Clôt Vougeot font partie du miracle de la haute gastronomie. Babette, ancien chef du Café Anglais sait faire d’un repas une histoire d’amour, avec elle le plaisir du goût s’approche de l’extase mystique.

Car une simple gorgée parfois réconcilie, un grain de raisin juteux ou une figue fraîche et voilà que « nos yeux s’ouvrent et nous comprenons que la grâce est infinie ». Le Festin de Babette est à la fois un grand livre, un grand film et la preuve qu’aux beaux-arts ne manque que la gastronomie.

Le festin de Babette (Babettes Gaestebud)

Film de Gabriel Axel
Danemark, 1987, 1h38mn
Scénario : Gabriel Axel, d’après la nouvelle de Karen Blixen "Le dîner de Babette"
Avec : Stéphane Audran (Babette), Hanna Steensgard (Filippa jeune), Bodil Kjer (Filippa âgée), Vibeke Astrup (Martine jeune), Birgitte Federspiel (Martine âgée), Jean-Philippe Lafont (Achille Papin), Gudmar Wivesson (Lorenz jeune), Jarl Kulle (Lorenz âgé), Bibi Anderson (une dame de la cour)