Manger chez McDonald's matin, midi et soir, c'est donc le défi que s'est imposé Morgan Spurlock pendant trente jours. Mais la règle du jeu ne s'arrête pas là: non seulement le journaliste n'a le droit de ne manger que du McDo, mais il doit goûter au moins une fois à tout ce qui est proposé sur la carte et à chaque fois qu'on lui propose le fameux menu super size, qui contient 250 grammes de frites et plus d'1 litre de soda, il est obligé de le prendre. Pour les besoins de l'expérience, il ne fera pas non plus d'activité physique, ou du moins pas plus que l'Américain moyen, soit maximum... 5000 pas par jour. Il sera suivi par un médecin généraliste, un cardiologue, une gastro-entérologue, une nutritionniste et un coach sportif.

Au menu avant le gavage au fast-food: un bilan de santé et de forme. Chez Morgan Spurlock, qui est sportif et vit avec une chef cuisinière végétalienne, tous les voyants sont plus qu'au vert. Pas de cholestérol ni de triglycérides, un poids parfait et un taux de masse grasse très bas. Qu'en sera-t-il après les trente jours au régime MDo?

En un mois, on voit donc Spurlock ingurgiter des monceaux de mal-bouffe - et la régurgiter aussi à l'occasion - mais on observe surtout son état physique et mental se dégrader de façon spectaculaire. En plus des 13 kilos pris pendant le tournage malgré une sérieuse perte de masse musculaire, le journaliste se retrouvera avec de gros problèmes hépatiques, du cholestérol, une addiction au sucre et des symptômes dépressifs, au point que ses trois médecins lui prédiront une mort certaine s'il n'arrête pas très vite.

Mais au-delà de la performance trash et potache qui démontre fort bien comment 60% des Américains sont devenus gros et vous dégoûtera durablement du Big Mac, ce qui frappe dans ce documentaire hanté par l'image du clown Ronald McDonald, revue et corrigée en version démoniaque par l'artiste Ron English, c'est la dénonciation de la stratégie implacable de l'enseigne américaine. Celle-ci apparaît comme le premier dealer légal et tentaculaire de substances mortelles à court terme, et on ne peut être qu'écoeuré par l'approche marketing de McDo, spécialement tournée vers les enfants - avec l'infâme clown - et les populations les plus défavorisées, attirées par les prix très bas. Si la sortie du film, qui a reçu le prix de la meilleure réalisation au festival de Sundance en 2004 et connu un succès international, a eu pour conséquence la disparition du menu super size, elle n'a pas pour autant entamé l'emprise de McDonald: toujours numéro un mondial de la restauration rapide, la chaîne de fast-foods est aujourd'hui au contraire plus puissante que jamais - grâce à la crise, qui a dopé ses ventes de 80%.

Super Size Me, un documentaire de Morgan Spurlock (Etats-Unis, 2004), à voir sur Arte le 9 avril à 20h45.