Tempête dans un verre de vin
Par Caroline Bodin, mardi 31 mars 2009 à 16:41 :: Vins et alcools :: rss
La récente présentation de la brochure destinée aux professionnels de la santé intitulée « Nutrition et prévention des cancers : des connaissances scientifiques aux recommendations », appuyée par les annonces publiques du Ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a provoqué un lever de boucliers de la part des producteurs de vin, d’une certaine partie de la communauté scientifique et de nombreux consommateurs.
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Il faut dire que l’une des conclusions et recommandations de l’Institut National du Cancer (INCa), relayée par la Direction Générale de la Santé (DGS) se résume en quelques mots : à partir d’un verre d’alcool par jour, même de vin rouge, les risques de développer un cancer augmentent de manière exponentielle !
Nombreux sont les amateurs de bon vin qui en sont restés le verre en l’air, sans parler des vignerons et producteurs indépendants dont beaucoup ont fait des efforts conséquents ces dernières années pour produire un vin de meilleure qualité. A tel point que l’association « Honneur du vin » a déposé un recours administratif et préalable auprès du Ministre de la Santé et réclame le retrait pur et simple de la brochure incriminée.
On se souvient pourtant de l’époque bénie, au début des années 90, où s’était développée la notion de French Paradox qui se basait sur l’étude du régime du Sud-Ouest de la France. Cette région affiche en effet l’un des taux les plus bas en ce qui concerne les maladies cardio-vasculaires, en partie grâce à un régime alimentaire où aiguillettes de canard, magrets, foie gras, salade Périgourdine, entre autres, et légumes verts, sont accompagnés d’une consommation modérée et régulière de vin rouge. En résumé, d’après plusieurs études, boire du vin rouge souvent mais en petite quantité était censé préserver du vieillissement grâce au pouvoir antioxydant des flavonoïdes contenus dans le vin, et pouvait même avoir un effet bénéfique et préventif contre de nombreuses maladies, dont certains cancers.
La brochure de l’INCa ne l’entend pas de cette oreille et a été médiatisée au même moment que les conclusions d’une étude de l’Organisation Cancer Research UK de l’Université d’Oxford qui pointe le fait qu’une consommation même modérée, entre un et deux verres d’alcool par jour, amplifierait de manière significative les risques de développer un cancer chez la femme. « 13% des cancers du sein, du foie, du rectum, de la bouche et de la gorge sont provoqués par la consommation de l’alcool », affirme l’étude.
Un constat alarmiste et pourtant contestable, comme l’ont souligné de nombreux membres de la communauté scientifique. Le professeur Joyeux, dont l’association « Honneur du vin » rapporte les propos, s’indigne : « L’étude (de l’INCa) confond les consommateurs réguliers d’alcool fort (whisky, vodka, gin) qui augmentent incontestablement leurs risques de cancer de la bouche et de l’œsophage, surtout s’ils sont accompagnés du tabagisme à un paquet par jour et les consommateurs réguliers de vin entre la poire et le fromage qui au contraire ont des risques réduits, tant de cancer que de maladies cardio-vasculaires. Confondre whisky, vin ou bière est une erreur scientifique grave ».
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David Servan-Schreiber, que son livre « Anticancer : prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles », a rendu célèbre, a publié dans Le Monde du 22 mars 2009, un droit de réponse rédigé avec Richard Béliveau, entre autres titulaire de la chaire en prévention et traitement du cancer de l’UQAM (Université du Québec à Montréal), et Michel de Lorgeril, cardiologue, nutritionniste et auteur de « Alcool, vin et santé », paru en 2007 aux éditions Alpen. Tous trois insistent sur la différence entre une consommation modérée de vin, spécialement du vin rouge, couplé avec un régime alimentaire riche en acides gras oméga-3 et pauvre en acides gras oméga-6, en accord avec les principes d’un régime crétois, et une consommation « à risque » à base d’alcools forts, en dehors des repas, dont le but est l’état hyperalcoolique (plus de 4 à 5 verres en moins de 2 heures). A propos de l’étude d’Oxford, ils recadrent les conclusions en résumant que « c’est la synergie de nos habitudes, bonnes ou mauvaises, qui semble déterminante pour le développement des tumeurs ».
Enfin, comme le souligne très justement les Etats Généraux de l’Alcool, la consommation de vin en France a été divisée par deux en 40 ans.
Pourtant, le nombre de cancers a doublé ! Le vin ne risque t-il donc pas de devenir un bouc émissaire facile dans un contexte où l’on ne saurait occulter la pollution environnementale, les cultures intensives, de ces fruits et de ces légumes que l’on doit consommer par cinq chaque jour, qui utilisent de nombreuses substances dangereuses, sans oublier une alimentation industrielle à haute toxicité ; autant de facteurs concomitants que l’on ne saurait négliger. Reste pour finir un élément déterminant : le « plaisir » . De ces plaisirs hédonistes du boire et du manger qui sont à la base même de la gastronomie, française ou pas, et qui participent également à notre bonne santé.
Commentaires
1. Le mercredi 01 avril 2009 à 14:44, par Marcelle Ratafia
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